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\"Je bois seulement en société\" — quand une phrase vraie ne veut plus dire ce qu'on croit

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"Je bois seulement en société" est l'une des phrases les plus courantes qu'on entend sur sa propre consommation d'alcool — et elle est généralement tout à fait vraie. C'est justement pour ça qu'elle mérite un regard plus attentif. Ce n'est pas un mensonge. C'est simplement que le mot "société" fait beaucoup plus de travail discret qu'il n'y paraît.

Pourquoi cette étiquette rassure

Le mot "social" évoque une image rassurante : un verre de vin entre amis, une bière au bar après le travail, un toast à un mariage. Il sous-entend une consommation occasionnelle, liée à des événements précis, clairement séparée de tout ce qui serait solitaire ou habituel. Parce que l'image est si précise et si modérée, l'étiquette elle-même donne l'impression d'une preuve que tout va bien — si vous ne buvez pas seul en cachette, se dit-on, vous ne pouvez pas avoir de problème. Mais l'étiquette décrit le cadre, pas la quantité, la fréquence, ni la fonction que joue cette consommation.

Ce que "en société" finit par englober

Pour beaucoup de gens, la consommation "sociale" s'étend peu à peu à bien plus d'occasions qu'au départ. Un dîner professionnel. Un appel vidéo un mardi soir avec un ami. Cuisiner pendant que le ou la partenaire prend aussi un verre. Regarder un match. Traîner sur le canapé. Aucune de ces occasions, prise isolément, ne ressemble à une "consommation à risque" — chacune est authentiquement un moment social ou semi-social. Mais mises bout à bout sur une semaine, elles peuvent former une habitude très différente du verre occasionnel que suggère l'étiquette, sans que l'étiquette elle-même n'ait jamais changé.

Le piège de la fréquence des occasions

L'honnêteté de "je bois seulement en société" dépend entièrement de la fréquence à laquelle les occasions sociales se présentent — et pour beaucoup d'adultes, surtout à partir d'un certain âge ou dans certains métiers, ce chiffre est plus élevé qu'on ne le ressent. Si presque chaque soirée a un cadre social quelconque, "boire en société" et "boire régulièrement" deviennent la même chose sous un nom plus flatteur. Il ne s'agit pas de juger une soirée en particulier. Il s'agit de remarquer quand l'étiquette a cessé de correspondre à la réalité qu'elle décrit.

Une question plus honnête à se poser

Plutôt que "est-ce que je bois seulement en société", une question plus utile est : combien de jours cette semaine ai-je bu, et aurais-je sauté ce verre si l'occasion n'était pas venue avec sa propre raison ? Une autre : est-ce que je cherche des occasions, ou est-ce que je les remarque simplement quand elles arrivent ? Aucune de ces deux questions ne porte sur l'intention ou le caractère. Toutes deux portent sur le comptage, bien plus difficile à contourner qu'une impression.

Quand regarder de plus près

Si le compte honnête vous surprend, c'est une information, pas un verdict. Beaucoup de gens qui ne boivent jamais qu'en société boivent malgré tout plus souvent, et plus, qu'ils ne l'imagineraient si on le leur demandait directement. Si le schéma reste difficile à changer même une fois remarqué, ou si réduire sa consommation provoque de l'anxiété ou un inconfort physique, il vaut mieux en parler à un médecin plutôt que de gérer seul — la fréquence seule ne dit pas tout, mais c'est un point de départ réellement utile.

Sources : Organisation mondiale de la santé, recommandations de dépistage de la consommation d'alcool ; Institut national américain sur l'abus d'alcool et l'alcoolisme (NIAAA), outils d'auto-évaluation ; Service national de santé britannique (NHS).

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