Abandonner le rôle de boute-en-train quand on arrête de boire
Pour certains, arrêter de boire ne signifie pas seulement renoncer à un verre. Ça signifie renégocier qui l'on pensait être. Si vous avez passé des années à être « celui ou celle qui met l'ambiance », la personne sur qui tout le monde compte pour dire oui à une tournée de plus, la peur cachée derrière l'arrêt n'est souvent pas le sevrage — c'est l'inquiétude discrète que, sans alcool, cette version de vous disparaisse aussi. Cette peur est courante, mérite d'être prise au sérieux, et repose, dans la plupart des cas, sur un malentendu sur ce qui vous rendait réellement drôle ou vivant au départ.
D'où vient l'identité du boute-en-train
Ce personnage se construit généralement peu à peu, souvent dès le plus jeune âge : être celui qui boit le plus, qui rit le plus fort, ou qui relève le défi rapporte une vraie récompense sociale — attention, rires, réputation. Une fois cette réputation installée, elle s'auto-entretient. On attend de vous que vous soyez « à fond », vous vous sentez obligé de livrer la marchandise, et l'alcool devient l'outil qui vous y amène de façon fiable, à la demande. Avec le temps, la frontière entre « j'aime être sociable » et « je ne suis intéressant que quand je bois » devient floue, alors que ce ne sont pas du tout les mêmes affirmations.
Pourquoi l'abandonner ressemble à se perdre soi-même
Les identités pour lesquelles on a été récompensé socialement sont difficiles à lâcher, parce que les perdre menace quelque chose de réel : un statut social, de l'attention, un sentiment d'appartenance à un groupe précis. Ce n'est pas de la vanité de ressentir cette perte — le statut et le lien social sont de vrais besoins humains, et s'en inquiéter quand on change sa façon de se montrer est une réaction rationnelle, pas une exagération. Cet inconfort n'est pas la preuve qu'il faut continuer à boire pour garder ces choses ; c'est le signe que l'identité portait un vrai poids, et qu'elle a besoin d'une nouvelle fondation avant de pouvoir être posée sans risque.
Séparer le trait de la substance
Une question utile à se poser honnêtement : étiez-vous drôle à cause de l'alcool, ou étiez-vous drôle, et l'alcool était simplement présent ? La plupart des gens qui se posent sérieusement cette question découvrent que leur sens de l'humour, leur chaleur, leur envie d'être un peu fous ou d'animer la pièce existaient avant que la consommation ne commence, et n'en ont pas vraiment besoin — l'alcool abaissait surtout l'énergie nécessaire pour montrer ces traits devant les autres. C'est très différent du fait que l'alcool en soit la source. Les traits sont transportables. C'est l'inhibition abaissée qui a besoin d'une nouvelle source.
Ce que ce rôle couvrait parfois
Pour certaines personnes, le rôle du « toujours partant » faisait aussi un travail plus discret : masquer une anxiété sociale, éviter la vulnérabilité d'une conversation tranquille en tête-à-tête, ou empêcher qu'on remarque une incertitude sur sa place dans le groupe. Si ça résonne pour vous, ça vaut la peine d'être honnête avec vous-même à ce sujet, en douceur et sans jugement — non pas parce que le personnage était faux, mais parce que savoir de quoi il vous protégeait rend beaucoup plus facile de trouver un substitut durable, plutôt que de simplement serrer les dents pendant les événements sociaux.
Construire une image de soi qui ne dépend pas d'une substance
Reconstruire cette identité ne consiste pas tant à devenir une version plus discrète et plus petite de vous-même qu'à tester quelles parties de la « personne fun » survivent réellement sans alcool dans la pièce — et à découvrir généralement que la plupart y survivent, parfois de façon plus fiable qu'avant, une fois qu'elles ne sont plus en concurrence avec une gueule de bois ou le besoin d'« un dernier verre ». Il faut de vraies preuves, accumulées soirée sobre après soirée sobre, avant que la nouvelle image de soi paraisse aussi vraie que l'ancienne. En attendant, un peu de maladresse le temps que l'identité rattrape son retard est normal, pas un verdict sur qui vous êtes sans verre à la main.
Sources : American Psychological Association, synthèses de recherche sur l'identité et le comportement social ; National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA) ; Organisation mondiale de la santé, rapports sur l'alcool et le comportement social.
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