Faire le deuil de l'alcool : pourquoi arrêter de boire peut ressembler à une vraie perte
Tout le monde autour de vous dit qu'arrêter de boire est une bonne nouvelle, et une partie de vous est d'accord. Mais une autre partie se sent étrangement triste — une forme de perte qui ne colle pas au ton festif que tout le monde adopte. Si vous avez ressenti ça et pensé, en silence, qu'il y avait un problème chez vous, ce n'est pas le cas. Faire le deuil de l'alcool est une étape reconnue et normale de l'arrêt, même quand la décision elle-même était la bonne.
Pourquoi le deuil apparaît même quand arrêter est la bonne décision
Le deuil ne concerne pas seulement les personnes ou les choses qui nous ont fait du bien. On fait le deuil d'un travail qu'on était soulagé de quitter, d'une relation qui devait se terminer, de versions de nous-mêmes qu'on a dépassées — parce que le deuil répond à l'attachement et à la routine, pas à ce qui était bon pour nous ou non. L'alcool, pour beaucoup, était présent aux fêtes, aux ruptures, aux vendredis soir comme aux mardis tranquilles. Perdre ce compagnon constant, même nocif, laisse un vide que le corps et l'esprit enregistrent comme une perte. S'attendre à ne ressentir que du soulagement crée une contradiction déroutante ; s'attendre à un peu de deuil à côté du soulagement est plus juste, et plus facile à vivre.
Les étapes que vous reconnaîtrez peut-être
Les travaux sur le deuil décrivent depuis longtemps une perte qui traverse, de façon assez libre, plusieurs étapes — déni, colère, marchandage, tristesse, puis une forme d'acceptation — et les personnes qui arrêtent de boire rapportent souvent un parcours similaire. Un déni initial (« je n'ai pas vraiment besoin d'arrêter complètement »), un accès de colère face à des situations qui semblent exiger de l'alcool pour être appréciées, un marchandage discret (« peut-être juste pour les grandes occasions »), une véritable baisse de moral les semaines où la nouveauté s'estompe, et plus tard, quelque chose qui ressemble à l'acceptation. Ces étapes arrivent rarement dans un ordre net, et revenir à une étape précédente après des semaines où tout allait bien ne veut pas dire qu'on repart de zéro. Cela veut dire que le deuil, comme la plupart des processus émotionnels, n'est pas linéaire.
Ce que l'on fait vraiment le deuil
Ce n'est presque jamais le liquide en lui-même. C'est plus souvent ce que l'alcool représentait : un interrupteur immédiat après une journée difficile, un raccourci vers la sociabilité, un rituel qui marquait la fin du travail et le début du repos, ou un morceau de l'image qu'on avait de soi — « celui ou celle qui est toujours partant pour un verre ». Nommer précisément ce qui se cache sous l'envie (« le rituel de décompression me manque », plutôt que « la vodka me manque ») rend la perte plus facile à accueillir, et indique directement ce qu'il faut vraiment remplacer, plutôt que de rester face à une tristesse vague et sans forme.
En quoi le deuil diffère du regret
Il vaut la peine de séparer le deuil du doute sur la décision elle-même. Le deuil dit « quelque chose qui comptait pour moi me manque ». Le regret dit « je n'aurais pas dû faire ça ». La plupart des personnes qui se sentent tristes après avoir arrêté vivent le premier, pas le second — la tristesse d'une perte, pas la preuve que le choix était mauvais. Si la baisse de moral après l'arrêt est sévère, dure des semaines sans s'atténuer, ou s'accompagne de pensées d'auto-agression, mieux vaut en parler à un médecin ou à un professionnel de santé mentale plutôt que de traverser ça seul : un deuil ordinaire et une dépression clinique peuvent se ressembler au début, et seul un professionnel peut vraiment faire la différence.
Laisser de la place au deuil sans se laisser dérailler
Un deuil reconnu tend à se traverser plus vite qu'un deuil réprimé ou combattu. Ça peut vouloir dire le nommer à voix haute à quelqu'un qui ne vous bousculera pas, écrire précisément ce qui vous manque, ou simplement vous dire « c'est du deuil, pas le signe que j'ai fait une erreur » quand la vague arrive. Rien de tout cela ne nécessite de reboire pour se résoudre — le sentiment suit son propre rythme une fois qu'on lui laisse de la place pour exister, en général plus vite que les semaines qu'on redoute.
Sources : Organisation mondiale de la santé, recommandations sur la santé mentale et les addictions ; NHS, faire face à la perte et au changement ; National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA).
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