Construire un vocabulaire du quotidien pour parler de sexe et de porno sans honte
Dans beaucoup de couples, le porno n'est évoqué qu'une seule fois — lors d'une dispute, d'une découverte ou d'un aveu — parce qu'il n'existait aucune façon habituelle de parler de sexualité en général. C'est là le vrai manque. Ce n'est pas que les couples manquent du script parfait pour « la conversation sur le porno » ; c'est que la sexualité en général n'est jamais devenue un sujet qu'on pouvait aborder l'air de rien, si bien que tout ce qui s'y rattache, porno compris, s'accumule jusqu'à devenir urgent, déjà chargé de tension.
Pourquoi le modèle de « la grande conversation » échoue
Les couples attendent souvent le bon moment pour avoir « la » conversation sur le porno, comme s'il s'agissait d'un obstacle unique à franchir. En pratique, ce cadrage alourdit le sujet au lieu de l'alléger — un thème réservé aux discussions sérieuses devient un thème associé au conflit. Un meilleur modèle traite le porno comme les couples qui vont bien traitent d'autres sujets sensibles : l'argent, les tensions familiales, le stress au travail — abordés par petits bouts, régulièrement, avant qu'ils n'accumulent de la pression.
À quoi ressemble vraiment ce vocabulaire du quotidien
C'est moins dramatique qu'on l'imagine. Cela peut être une remarque en passant après avoir regardé quelque chose ensemble — « ça me fait penser, on pourrait parler un jour de ce qui nous fait du bien à tous les deux en ce moment ? » — ou un point sans lien avec un incident précis : « comment tu te sens par rapport à notre vie sexuelle en ce moment, sincèrement ? » L'objectif n'est pas d'interroger le porno spécifiquement à chaque fois ; c'est de rendre le sexe, le désir, et oui, le porno, assez ordinaires pour être mentionnés sans que personne ne se crispe.
Retirer la honte du vocabulaire lui-même
Le choix des mots compte plus qu'on ne le pense. Présenter la consommation de porno comme quelque chose à « avouer » ou « confesser » importe de la culpabilité dans la conversation avant même qu'un mot n'ait été échangé. Un vocabulaire neutre — « ce qui te plaît », « à quelle fréquence », « ce que tu voudrais partager » — laisse la porte ouverte. Cela ne signifie pas nier que le porno a un impact relationnel ; cela signifie séparer le sujet lui-même d'un verdict moral sur la personne, pour que l'honnêteté n'exige pas de se préparer au jugement.
En faire une habitude, pas un événement
Les couples qui gèrent bien ce sujet instaurent souvent de petits points sans enjeu dans leur vie normale — une conversation de cinq minutes pendant une promenade, une question posée sans agenda caché, la volonté de répondre honnêtement à une petite question. Rien de tout cela n'élimine le besoin d'une conversation plus importante quand quelque chose de significatif doit être abordé, mais cela évite que cette conversation ne parte de zéro, et que ce ne soit pas la première fois que le couple parle de sexe sans qu'il y ait une urgence en jeu.
Quand le silence lui-même est le problème
Si un couple ne trouve vraiment aucun moyen d'aborder le sexe ou le porno sans que cela tourne au conflit, cela mérite d'être travaillé directement, idéalement avec un ou une thérapeute de couple ou en sexualité, plutôt que de conclure que le sujet est simplement tabou. L'incapacité à en parler est généralement plus dommageable dans la durée que le contenu réel de la conversation.
Sources : American Association of Sexuality Educators, Counselors and Therapists (AASECT), ressources sur la communication ; Organisation mondiale de la santé, recommandations sur la santé sexuelle ; National Health Service (NHS) britannique, ressources sur la communication dans le couple.
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